Malgré des résultats particulièrement encourageants, la filière technologique est trop souvent méconnue des lycéens et de leurs parents. S’il convient de prendre des mesures pour remédier à ce paradoxe, la méthode et les objectifs poursuivis par le gouvernement vont clairement à l’encontre de la nécessaire valorisation des parcours en filière technologique.
1. Une réforme en trompe l’œil
Le gouvernement souhaite en effet enclencher la rénovation des séries STI (sciences et technologies industrielles) et STL (sciences et technologies de laboratoires). Si l’intention de départ est bien évidemment louable, le schéma retenu par le gouvernement n’est clairement pas à la hauteur des enjeux, une fois de plus. Cette réforme s’annonce même comme une nouvelle régression en la matière et provoque déjà l’hostilité générale dans le monde éducatif.
L’un des principaux syndicats de professeurs, le SNES-FSU, a déjà dénoncé vigoureusement la véritable « philosophie » qui sous-tend cette réforme, à savoir la recherche d’économies au détriment de la réussite des élèves. Tout laisse ainsi à penser qu’elle vise avant tout à supprimer des postes d’enseignants.
2. Des spécificités à défendre pour valoriser le parcours de chaque jeune
En faisant progresser le volume horaire des matières dites « générales » et en diminuant celui des enseignements technologiques, cette réforme va progressivement gommer ce qui faisait la force de ces filières, à savoir la spécialisation.
De nos jours, la spécialisation est incontestablement la porte d’entrée la plus efficace au sein d’un marché du travail de plus en plus exigeant en matière de qualification. Etre bien formé dans un domaine précis reste le meilleur moyen de dénicher un emploi stable et de s’y maintenir. Tous les élèves ne sont pas faits pour mener de longues études, encore moins au sein de cursus « généraux ». Tous ne le souhaitent pas non plus.
Favoriser à tout prix le prolongement des études après le bac est non seulement une aberration totale du point de vue humain mais qui plus est extrêmement couteux pour la collectivité. La réussite d’une formation ne se mesure pas au nombre d’années d’études qu’elle propose mais bien à la qualité de l’insertion professionnelle qu’elle favorise.
Les passerelles entre les filières doivent bien entendu être facilitées, mais c’est surtout d’une reconnaissance réelle et d’une revalorisation effective dont a besoin la voie technologique pour séduire à nouveau.
3. L’indispensable réorganisation des études post-bac
Pour les bacheliers technologiques qui souhaitent poursuivre leurs études, l’université est devenue le lieu de « chute » privilégié. Le résultat est malheureusement sans appel : 70% d’entre eux ne parviendront pas à accéder à l’année de licence (bac +3). Cet échec de masse est intolérable, surtout lorsqu’on sait qu’il existe tout un ensemble de structures spécialement conçues pour accueillir ces étudiants dans des conditions d’encadrement et de formation extrêmement efficaces (IUT, BTS,…).
Ces dernières, du fait des mécanismes de sélections, sont hélas essentiellement composées de bacheliers généraux de bon niveau qui cherchent avant tout à s’éviter les aléas des deux premières années de fac.
Le gouvernement actuel a fait de l’accès des élèves issus de quartiers défavorisés aux grandes écoles une priorité. Pourquoi n’est-il pas aussi pressé d’instaurer un système de quotas comparable pour l’accès aux formations universitaires « professionnalisantes » des bacheliers technologiques pourtant préconisé par la Commission Hirsch (50% de places réservées) ?
Lorsqu’il présente sa réforme générale du lycée, Luc Chatel se targue souvent de vouloir « diversifier les parcours d'excellence au lycée ». La réalité est toute autre et c’est bien vers une uniformisation au rabais que le ministre nous entraîne sous couvert de modernisation.
S’attaquer aux filières technologiques, c’est affaiblir l’un des instruments les plus efficaces de promotion sociale pour des milliers d’élèves, parfois en échec scolaire, hélas souvent d’origine modeste, qui trouvent là un précieux tremplin vers la réussite et la confiance en eux-mêmes.