Le pacte redistributif
Le contrat de l’après crise doit aller à l’essentiel. Il porte une perspective : la démocratie de la réussite. Il s’articule autour de 3 pactes avec le pays.
Un pacte redistributif
Il n’est déjà pas aisé de réduire les inégalités en période de prospérité. C’est encore plus difficile en temps de crise mais encore plus nécessaire. Face à l’ampleur des déficits la question qui se pose immanquablement est de savoir qui va payer. Ainsi le compromis à trouver se situe au point d’équilibre entre la solidarité à assurer à tous et le niveau de prélèvement qu’une société accepte de consentir.
C’est pour moi tout l’enjeu de la réforme fiscale. Elle doit être aussi simple que juste et efficace. Elle doit aller au delà de la remise en cause des réduction d’impôt accordées aux plus favorisé depuis 7 ans et être fondée sur trois principes :
- Tous les revenus doivent être soumis au prélèvement progressif national, local et social. L’indivisibilité du revenu va de pair avec la progressivité de l’impôt.
- La richesse produite par les entreprises doit être l’assiette de leur contribution, la base aussi bien pour le financement local que pour le financement social.
- Le prélèvement sur la nature doit faire l’objet d’une compensation fiscale. L’impôt doit aussi servir à prévenir les dommages causés par les activités humines ; il doit à ce titre contribuer à maintenir intact le patrimoine dont nous héritons ; c’est le sens de la taxe Carbonne aussi bien sur la consommation des ménages et des entreprises qui polluent le plus.
Mais la redistribution, ce n’est pas seulement l’impôt. C’est aussi la répartition des revenus. En 20 ans, les écarts se sont creusés considérablement les hautes rémunérations se sont envolées quand le salaire moyen a stagné. Une société a le devoir de déterminer une hiérarchie soutenable entre les dirigeants et les salariés les plus modestes. De même, les stock-options, retraites chapeau et les golden parachutes devraient être purement et simplement supprimés.
François Hollande - Lorient, 27 juin 2009
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Les baisses d’impôts réalisées par la droite depuis 2002 ont été sources d’inégalités, car elles ont privilégié les plus aisés. Elles ont rompu le contrat social en donnant plus à ceux qui ont déjà beaucoup, et en faisant porter l’effort sur tous les autres. Enfin elles ont amputé les moyens de nos politiques de solidarité.
Plus généralement, la droite substitue progressivement un mécanisme d’assurance privée à nos politiques de solidarité nationale. Or un système social fondé principalement sur l’assurance privée, comme le système américain par exemple, est plus coûteux (c’est aux Etats-Unis que le poids des dépenses de santé dans le PIB est le plus élevé), injuste (une très grande proportion de la population américaine vit au-dessous du seuil de pauvreté) et moins efficace (le niveau des retraites américaines financées par des fonds de pension s’est abaissé du fait de la crise financière). C’est d’ailleurs pour ces raisons que Barack Obama s’est engagé à créer un véritable système américain de solidarité nationale.
Nicolas Sarkozy applique une politique opposée à celle de Barack Obama : il s’attaque aux mécanismes de solidarité nationale, alors que le président américain se bat pour les renforcer.
Nous ne voulons plus d’une politique fiscale qui fait reculer la justice sociale, qui pénalise l’emploi et qui menace le financement de la solidarité nationale.
Nous voulons engager une réforme fiscale globale qui repose sur les quatre grands principes suivants :
- Nous devons faire preuve de responsabilité budgétaire face à l’ampleur du déficit de nos finances publiques (plus de 8% du PIB) et à la montée de l’endettement public, qui atteindra près de 100% du PIB en 2012. Nous devons donc conforter le financement de nos politiques de solidarité nationale.
- Nous voulons rendre notre système fiscal plus juste et plus équitable,
- Nous entendons privilégier l’efficacité économique en mettant l’outil fiscal au service de la croissance et de l’emploi,
- Nous souhaitons que la fiscalité écologique, qui doit devenir une réelle priorité, s’insère dans une démarche globale. -
Deux orientations seront privilégiées :
- Il faut simplifier notre système fiscal, afin de le rendre plus lisible et plus transparent,
- Il faut privilégier des assiettes larges, afin de pouvoir disposer de taux d’imposition modérés et acceptables.
Cette réforme fiscale s’inscrit dans le prolongement des pactes redistributif et productif que nous avons annoncés à Lorient le 27 juin dernier.
Le pacte redistributif que nous proposons a pour objectif de remettre les notions de solidarité et de justice sociale au coeur de notre société. Cela nécessite de :
Il conviendra, dans le même esprit, de mettre à plat la fiscalité du patrimoine (ISF, droits de succession, bouclier fiscal), afin de la concentrer sur les véritables grandes fortunes, et d’alléger celle pesant sur les patrimoines moyens/supérieurs.
Le pacte productif que nous proposons vise à stimuler l’emploi, l’investissement et le développement durable. La réforme fiscale y contribuera en permettant de:
Commentaires (3)
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Des baisses d’impôts réservées aux plus aisésDepuis son retour au pouvoir en 2002 la droite a multiplié les baisses d’impôts, dont l’impact budgétaire annuel peut être estimé à : - 13 milliards d’euros pour les baisses d’impôt sur le revenu (baisses du barème décidées sous le mandat de Jacques Chirac pour 11MM et crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt immobilier contenue dans le paquet fiscal de 2009 pour 2MM), -8,2 milliards d’euros pour le plafonnement de la taxe professionnelle (en 2006) et la réforme de la taxe professionnelle (en 2010) ; en 2010 du fait des impacts de trésorerie de la réforme de la taxe professionnelle ce coût s’élèvera à 14 milliards d’euros, -4,4 milliards d’euros pour l’exonération des heures supplémentaires (dans le paquet fiscal de 2007), -3,3 milliards d’euros pour la baisse des droits de succession et de donation (en 2004 et dans le paquet fiscal de 2007), -3 milliards d’euros pour la baisse de la TVA dans la restauration (en 2009), -1,9 milliards d’euros pour le bouclier fiscal et les baisses d’ISF (en 2006 et dans le paquet fiscal de 2007)… Le coût de ces baisses d’impôts s’élève chaque année à près de 40 milliards d’euros, soit environ 2% du PIB. Elles sont à l’origine d’une bonne part du déficit public. En effet la crise n’explique pas à elle seule le montant du déficit public ; rappelons que celui-ci s’est régulièrement détérioré avant la crise : 2,3% du PIB en 2006, 2,7% en 2007, 3,4% en 2008. De plus, ces baisses, qui ont quasi uniquement bénéficié aux revenus les plus élevés ou aux patrimoines les plus importants, ont réduit la progressivité de notre système fiscal et ont accru son caractère injuste.
De nouveaux prélèvements pour tousParallèlement la droite a adopté toute une série de mesures se traduisant par des nouveaux prélèvements sur l’ensemble des ménages : -taxe sur les assurances et les mutuelles, -franchises médicales, -hausse des cotisations retraites, -taxe pour financer la prime à la cuve, -taxe sur les ordinateurs, -taxe pour copie privée des disques durs externes et clés USB, -taxe sur le poisson, -taxe sur les huiles moteurs, -hausse de la redevance télévision, -taxe sur la téléphonie et Internet, -taxe carbone, -hausse du forfait hospitalier, -fiscalisation des indemnités d’accident du travail ou de maladie professionnelle… Tous ces divers prélèvements pèsent proportionnellement plus sur les revenus les plus bas et sont particulièrement injustes. La gauche doit reprendre l’initiative sur le plan idéologique dans notre pays en prônant la réhabilitation de la ressource publique et de l’impôt progressif.
Enfin, les collectivités locales devraient conserver la maîtrise des taux d’imposition. Elles devraient donc fixer (dans la limite de l’encadrement des taux avec ceux des autres impôts locaux) les taux des deux impôts nouveaux impôts se substituant à la taxe professionnelle: l’impôt sur la valeur locative des immeubles dont elles disposent sur le territoire de la collectivité locale concernée (la cotisation locale d’activité) et l’impôt sur leur excédent brut d’exploitation (la cotisation complémentaire).
La taxe carbone proposée par le rapport Rocard est injuste, risque d’être compliquée et sera largement inefficace.
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